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 hématomes (juno)

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MessageSujet: hématomes (juno)   Dim 22 Mar - 0:48

un mètre, deux mètres, trois mètres, le quai disparaît pas, il existe encore, il existe. les pieds vont de traviole, ou bien c'est la tête qui se balance sans ménagement soutenue par une nuque pas bien coopérative. théo a abusé. abusé mais comme souvent, à pas vraiment garder le contrôle et à s'amuser de petites crises; un de ces combats de rue bien illégal, fallait qu'il y aille, il pouvait pas s'en empêcher. sur le site ça clignotait de partout, comme les feux au dessus des rails, ses océans gris se soulèvent, couverts de sel. ah ça pique, foutrement.

était-il pas en train de se battre, si les poings sont une palette, noyés sous la peinture et les phalanges des traîtres qui se déchirent en teintes. beau tableau théo, beau tableau. y a de plus beaux moyens de se déchirer, c'est moins fatiguant, moins mortel aussi. un traumat crânien au pire, il se met à hurler dans la boutique d'un pauvre vieux qui l'en jette. s'il se souvient bien une fois assis sur la banquette c'est; dégage t'es bipolaire ou quoi ? mais y a les oiseaux qui s'affolent derrière leurs barreaux, la poitrine coulant de bleu et de violet, les paupières éclatées qui le laissent pas voir son monde d'enfoiré... à bord du train, il appelle sa sœur, il a sept ans dans sa tête à c'moment. aide-moi juno, ça va pas juno.

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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Dim 22 Mar - 13:57

t'as passé la nuit dans des draps blancs, c'était pas les tiens, ceux-là, juno. nue comme un vers. la lune était belle. un air entêtant s'élève, la sonnerie de ton portable, c'est elle qui te tire de tes songes. tu réponds, quittant doucement l'obscurité, toujours enivrée des parfums qui embaument cette pièce inconnue. tu sais que c'est mal, de se laisser aller au plaisir avec ces âmes que tu connais si peu. elles qui ne sont que de passage. ta mémoire a du mal à tout replacer. entre la soirée et la nuit, entre hier et aujourd'hui. à moitié éveillée seulement, tu reconnais la petite voix cassée de théo, qui se brise en disant ton prénom. ton palpitant rate un bond. tu te lèves en catastrophe, enfilant ton jean difficilement, l'oreille collée au téléphone. t'es où? tu chuchotes pour pas réveiller l'animal qui dort sous les draps. tu sens encore ses griffes dans ton dos. t'enfiles ton chemisier blanc qui traînait sur le parquet, la veste, sa veste, celle de théo, puis des chaussures. qu'est-ce qu'il se passe théo? c'est sa voix. sa putain de voix qui t'inquiète. elle sonne faux, comme s'il tremblait derrière le combiné, théo. tu vas pas le laisser crever, cet espèce d'idiot.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Dim 22 Mar - 15:52

les rues ça fait peur, ce que ça fait peur ! ça l'affole, ça le retourne, théo se cache près des trains. les trains c'est grand mais ça va vite, ça voit pas tout alors ça rassure. ou quand ils crient, quand ça crisse sur les voies, qu'on oublie un peu l'espace d'une seconde ce qui existe autour. y a un train qui s'arrête, juno dans la tête, théo grimpe, on entend les wagons siffler, on entend les souffles abrupts qui montent pour remarquer théo, théo il saigne. y a les sourires qui se démultiplient en bouches défaites d'expression, elles veulent comprendre ce qu'il se passe, elles s'affolent, il a les coudes macabres des morts. il est sur écoute. sur écoute. on l'espionne, on l'surveille. il a écrit sur la vie, la moitié de la sienne, à pas trouver d'sens, c'est la fin. juno c'est la fin du bouquin, j'ai essayé j'te ju-jure. saccadé son rire tranche avec le départ vers le nord ou l'sud, il sait plus lire, c'est fini s'il sait plus lire. plic-plic, se plaint l'hémoglobine, tap-tap fait le bleu répandu dans la tête, dans la tête; ça y est ça atteint le cerveau. je voulais pas, te faire du mal. céphalo-rachidien. j'essayais un peu mais. c'est dur juno... juno tu savais que... les larmes c'est... céphalo-rachidien ? pas génial. juno, juno j'm'excuse. pour maman et papa, ok. mais c'est cruel, théo ! mais réveille-toi, théo ! plutôt il se souvient de la télé qui déconne et les chaînes qui repassent toujours leur tele-novelas, leurs terribles accents mexicains... très mauvais... très. j'rentre à la maison. j'vais les retrouver. et les faire s'excuser. c'est d'ma faute, de ma faute.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Dim 22 Mar - 17:28

tu te presses dans la rue, accrochée au téléphone, te dirigeant vers le centre, sourcils froncés. qu'est-ce que tu dis? quel livre? théo raconte des cracs. il fait des phrases, met des mots bouts à bouts. céphalo-rachidien. papa. maman. il s'excuse pour eux, l'idiot. t'exploses. t'es bourré? t'es bourré c'est ça? créature fragile. il rentre à la maison, qu'il dit. tu commences à courir. tu avales les trottoirs, par dizaines mètres, à toute vitesse. le décor défile, flou. décisions à la con provoquée par l'éther ou pas, t'as pas envie qu'il parte, ton frère. même si t'es trop souvent odieuse. même s'il s'inquiète trop. elle est ici notre maison, théo. pas la peine de courir après ces sacs à merde. ils nous ont abandonnés. combien de fois? combien de fois avez-vous rêvé de les retrouver? dans vos fantasmes, vous disiez sauter dans le train et hurler à qui veut bien l'entendre que c'était vous, les jumeaux perdus. le train. attends que j'te chope théo. t'es mort. il mériterait des claques. trois paires, au minimum. tu te rues vers la gare. bouge pas. t'as pas le droit de partir sans moi.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Dim 22 Mar - 21:51

bestial, il était bestial, son faciès se couvrait d'alcool à raison de deux fois par soir parce qu'il tenait mal les coups du droit, il les tenait très mal. théo instable, venait s'étaler en douze secondes chrono, les genoux repliés contre le bide, à cracher ses boyaux pour quinze boules. alors ça s'étonnait dans la foule, non dans la vague qui comprenait pas que le petit aussi gringalet soit-il aie remonté les manches pour cet enfoiré de colosse qui tournait comme un bourrin sur une voix nordique à chier. personne hurlait plus que les nénettes devant qu'aimaient la jolie gueule de théo. ah si t'es pas un enfoiré, théo. mais à la place ils se soulevaient par intempéries imitées dans le sable qui vole au dessus de la salle; d'un théo brutal et complètement acharné, requinqué par ce qui revenait à sa mémoire; il s'imaginait papa. papa il était sans doute dingue, pété, abîmé sur les années, il aurait eu deux minutes, théo, l'autre aurait fini par terre. mais théo aujourd'hui existe pas, s'il existe dans les bribes, les affolés regards lancés en face au tocard qui lui sourit des dents qu'il lui reste. théo sait plus vraiment si c'est réel; est-ce-que c'est réel juno ? saletés d'yeux qui se vident sans raison, saleté de route qui se montre pas, saleté de pieds qui s'clouent tétanisés d'anxiété. et il répète à la gamine qui murmure, qui marmonne à son oreille. plus de batterie. théo revient, il revient au moins un peu, on l'a jeté, encore, sur le quai, le quai, pas loin d'la résidence. toujours c'te résidence. putain de vie. de chienne de vie. merde... merde. PUTAIN DE MERDE.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Lun 30 Mar - 20:30

bip bip sonore. la colère à son apogée. tu jettes des regards à droite à gauche, soufflant par le nez. on dirait un taureau en colère. un taureau qui maudit la terre entière. il est con, théo, de te faire t'inquiéter comme ça. il en fait exprès, c'est sûr. juste pour que tu ressentes un peu ses propres craintes. mais il comprend pas, théo. il comprendra jamais. il est resté gamin dans sa tête, faut croire. à moins que ce soit ses putains de neurones qui lui pètent là-dedans. tu voudrais même pas le voir, le feu d'artifice dans son crâne. y a des cases en moins là-haut. la case parents. famille. bonheur, sûrement. la case violence, à croire que celle-là tu lui as piqué dans le ventre de votre mère, et qu'à la place, tu lui as refilé celles dont tu voulais pas. celles qui te manquent aujourd'hui. la douceur. la patience. vous avez des choses en double, un peu comme un double-whisky. sauf qu'avec théo c'est double-passivité, et toi c'était double-violence. tu rappelles. ça sonne même plus. tu réponds plus de rien, juno. ton téléphone finit en pièce détachée, contre le joli mur en crépi, alors que tu rentres à la résidence. tu claques toutes les portes, branchée à trois mille volt. le vent souffle. le parquet craque sous tes pas lourds. à chaque fois dans les films on dit que c'est parce que c'est une vieille maison. mais en réalité y'a pas que les vieilles maisons qui craquent sous les grands coups de vent. le bois des meubles craquent. tes phalanges craquent. tu te serres un verre. du rouge. tu dévisages les meubles, et l'entrée. impatiente. coincée entre deux états âmes. panique. haine. tu sais pas encore comment tu vas réagir, juno. tu sais même pas s'il va rentrer, en fait. c'est ça, le pire.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Mar 31 Mar - 17:51

il fait partie des ruelles maintenant, on le distingue plus des murs, on cherche pas à l'approcher, parce qu'il vibre, comme un soleil sur le point d'exploser. sa tête est couverte, d'hématomes. théo, il respire. théo, il survit. théo, il aimerait vivre. mais dans l'allée centrale, y a des murmures qui devraient pas se faire et les toits qui sont plus bien droits, et théo, qui s'esclaffe. puis les lumières chuchotent qu'il est devenu fou, même si son corps fait trop mal pour qu'il se mette à répondre. la douleur, elle est gentille, douce, elle lui dit de rester, là, encore un peu. panique pas, théo, pas encore, t'as pas l'droit, tu sais bien. tu peux pas lui faire ça. tu peux pas courir non plus, t'es pas son père, ni sa mère, si tu te casses, théo, t'es plus rien pour elle. les lampadaires s'accordent à dire que faudrait se détendre; autant les pensées que la mâchoire, théo, il reconnait plus rien, se retrouve, au bas de l'immeuble, la joue contre le crépis. et il revient, il a dit qu'c'était trop tard, de toute manière pour s'enfuir, qu'c'était la réponse simple, de plus exister, alors il s'traîne, il grimpe les marches. y a l'acier rude qui s'enthousiasme sous son poids, lui, qui peine à se tenir bien debout, lui, qu'atteint la porte dans un grognement, qui cherche les clés. sans les trouver. théo, il veut dormir, il veut juste, dormir. la porte, fermée, il y reste, il y coule, passerait en dessous, s'il pouvait. mais il est fatigué. fatigué d'avoir cédé, une autre nuit. ça l'rend heureux parce qu'il réalise enfin c'qu'il y a d'si profitable, à cette heure, pour juno.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Sam 4 Avr - 20:26

il y a du bruit derrière la porte, c'est peut-être lui, peut-être quelqu'un d'autre, c'est peut-être un fantôme, un monstre, une ombre. tu sais pas, et l’inquiétude te ronge. non. elle t'a rongée. depuis une heure, si bien que t'as vidé la bouteille. tu te précipites, tu ouvres la porte. il est là. théo. en face de toi. avec sa gueule pleine d'hématomes et de bleus, défiguré au tiers. ta main s'étale sur sa joue, là où ça fait déjà mal, ton regard dur planté dans le sien. tes doigts enserrent ses épaules. tu le plaques contre le mur, violemment. le dévisageant. ta voix veut gronder comme le tonnerre, mais elle s'est éteinte. seuls des chuchots s'échappent d'entre tes lèvres. plus jamais. plus jamais tu me fais ça. c'est fait, c'est bon. il est de retour. il est pas parti sans toi. il t'a pas abandonnée, juno. t'es soulagée. la pression redescend, t'ouvres les vannes brutalement, sans t'en rendre compte. tu le relâches. ça perle aux coins de tes yeux, ça roule sur tes joues. des larmes que t’essuies rageusement, forçant théo à venir dans la salle de bain. tu le choppes, tu le pousses dans la douche, tout habillé, et tu laisses l'eau couler, glacée, jusqu'à ce que vos deux visages soient humides et que cet abruti ait dégrisé.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Dim 5 Avr - 11:42

toc-toc, il aurait pu faire. mais c'est pas un loup, théo, théo c'est un enfant, une crapule, qui sait pas se tenir, qui rit trop, qui boit trop, qui fume trop, qui vit dans le monde d'un mioche qu'aurait normalement pas pu exister. elle était là, alors il s'occupait de survivre, il lui donnait tout ce qu'on peut donner à quelqu'un, juno. théo, les traits se perdent aux contours de son visage quand elle attrape son ensemble, il croit, il croit qu'il va se désintégrer ! non, il pouvait plus continuer, il pouvait pas risquer de la perdre, il pouvait pas non plus avoir si mal pour des conneries pareilles. il se tait, on le pousse, il tombe, c'est comme si l'univers le retenait par des constellations soucieuses de son équilibre, il se rattrape au carrelage, affolé, incapable de déblatérer autre chose. ou de demander à partir, ou de sauver l'foutu blouson. les figures se déforment sous la flotte, si bien que ça finit par retrouver l'aspect initial, le sentiment d'avaler le chagrin au fond de ses tripes vient, revient, puis elle se dégage pas de devant son champ d'vision. si trouble, qu'il tousse, bascule en avant, on dirait qu'on lui a payé un billet retour. il pleure aussi. théo entend plus que les retours de l'eau sur la cabine, ça sent le vin de supermarché, ça craint vraiment, ses doigts s'enfoncent, dans n'importe quoi, toujours, gosse, à plus savoir où regarder, sinon ça replace les cheveux de la brune derrière ses oreilles, ça retient le silence, un peu. j'crois que y a un truc qui cloche chez moi.
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Mar 7 Avr - 20:01

une bonne étoile pour deux, c'est pas suffisant. et c'est maintenant que tu t'en rends compte. l'eau ruisselle sur ton visage en colère. haut-le-cœur. ton mal-être te prend d'assaut. l'alcool te laisse pas le temps d'être ivre qu'il te force à partir en courant, dérapant sur le carrelage mouillé. tu rejoins la pièce adjacente pour cracher tes tripes, accrochée à la cuvette comme à une bouée de secours. abandonnant théo au carrelage froid dégoulinant pour te noyer dans du dégueulis bordeaux. tu prends une demi-seconde pour verrouiller la porte. viens pas. j'veux pas de toi, théo. j'me tiens les cheveux seule, et au pire, ça trempe. tu t'essuies la bouche d'un revers de manche et tu tires la chasse, ne laissant aucune trace de ton œuvre immonde. elle est pas belle à voir ton inquiétude, juno.  
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MessageSujet: Re: hématomes (juno)   Mer 8 Avr - 20:56


hurle le monde, théo se couvre les oreilles, pour ne plus entendre, ni les lattes qui cèdent sous le poids du malaise, ni la porte qui claque. et s’envolent les enfants, apparaissent les adultes qui d’un regard fauve se sont pour une fois donné un regard, long, compliqué, difficile, aussi coupant que le rasoir qui chaque matin lui prouve qu’il est plus un gosse, plus un involontaire, pas même un indécis. simplement un con, un gros con. théo ferme les vannes, le cliquetis de l’eau se fait brutal, résonne entre ses oreilles, le veut contrarié, excédé, blessé. il se pousse, hors de ce qui l’épargne, hors de ce qui le tient dans le silence pesant qu’a recouvert la pièce. il a les deux mains au bord du lavabo, très vite, la peau, ouverte, les yeux punis d’un mauvais coup atteignant la paupière gauche. long soupir et il s’assoit, le néon planté sur les plaies à vif, un coton imbibé d’alcool qui endort sa douleur, le fait pleurer, un coup. quand il retourne dans le salon, théo, la lune est haut dans le ciel. leur ciel, il passe devant cette porte, à présent plus fermée. juno, elle dort. juno elle cherche à oublier. lui aussi, il devrait. il devrait faire comme ça, oui. il y arrive pas. il retient tout, chaque image, chaque souvenir. les sourires et les faciès déchirés du sang des autres. théo, il sent tout, beaucoup trop fort, autant que juno, son ivre parfum près de son corps, quand il se pose, près. une caresse, une seule, et c’est lui qui s’enferme, dans le monde qu’elle n’approche pas. qu’elle n’approche plus.
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